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Les petites écritures de Chloé Sadonid

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2009, Amour Amour Amoureuse, Nouvelles

Amour, amour, amoureuse (fragment fin)

Et la nuit s’avance vers mes 32 ans. Suis-je à la moitié, suis-je à la fin ? En tout cas, ce n’est plus le début. J’ai si peur d’avoir tout vu. Et si personne, même pas quelqu’un d’autre que Pierre ne voulait plus jamais jamais de moi ? A la trentaine, c’est connu, tous les mecs biens sont casés. Ou fraîchement décasés avec des mômes en bas âge et une folle envie de rattraper le temps perdu en drague. Et je n’ai plus envie de draguer pour draguer. Ni de jouer la briseuse de couples croqueuse d’hommes. Je ne l’ai jamais vraiment fait qu’avec Gauthier. J’étais dans une période difficile et ce fut la seule solution que j’ai trouvée à ce moment-là pour m’en sortir.
J’ai si peur, cette nuit, de ne plus être aimée ni de pouvoir aimer quelqu’un. Alors que je viens de finir un petit bilan de ma vie amoureuse et que je me sens prête à aimer simplement, à retomber amoureuse éternellement du même homme. Je pense à Pierre, toujours. Pierre est tellement complexe que je pourrais toujours trouver de nouvelles choses à aimer en lui, il ne me lassera pas, je le sais. Et je ne conçois pas qu’un jour, je puisse le trouver laid. Il a tant de charme, de si beaux yeux, un sourire lumineux…
Oui, après avoir passé la moitié de la nuit à revoir mes amours passées, je me sens prête à aimer. Je retrouve une certaine sensation que je ressentais adolescente, cet amour qui déborde de moi et que j’ai tant envie de partager. Mais j’ai appris, je crois, à être plus douce, moins exigeante avec l’autre et avec moi-même, j’ai appris qu’il ne suffisait pas de s’aimer pour que tout aille bien, qu’il fallait parfois laisser le temps faire son oeuvre, phrase que je trouvais complètement dénuée de sens il n’y a pas si longtemps encore ! J’ai appris qu’au fond, malgré toutes mes ruptures, je suis plutôt douée pour l’amour sous toutes ses formes. Et je me sens prête à aimer toute ma vie, à retomber amoureuse de toi toujours. Pierre. Oui, je pense à toi, encore. Car après-demain, tu m’as proposé d’aller boire un verre pour mon anniversaire. Et que j’ai accepté.

2009, Amour Amour Amoureuse, Nouvelles

Amour, amour, amoureuse (fragment Pierre)

Mais on ne chasse jamais longtemps sa nature profonde et puisque j’ai passé la majorité de ma vie à tomber et à être encore et encore amoureuse, j’ai fini par me laisser aller à mes sentiments pour Pierre malgré toutes mes craintes de souffrir encore. Lui seul est arrivé à me rendre mon sourire et à alléger mon cœur. Il était beau, simplement beau, sans fioriture, sans style particulier, sans le savoir au fond. Avec ses yeux bleu clair, ses cheveux courts légèrement bouclés, sa petite taille, son corps bien dessiné, Pierre était beau et avait un charme fou dû au fait qu’il ne le savait pas. Mais surtout, je crois que je suis tombée amoureuse de Pierre parce que nos esprits se correspondaient et se répondaient si bien. J’adorais nos discussions compliquées sur la vie, les hommes où Pierre pensait toujours naturellement autre chose que ce que tout le monde pensait. Je n’ai jamais rencontré personne aussi doué que Pierre pour comprendre autre chose que ce qui allait de soi, son esprit complexe et divisé séduisait le mien, toujours avide des chemins les plus compliqués et qui ne s’amusait pas des choses trop simples.
Par après, j’ai parfois regretté ce trait de caractère qui m’avait pourtant tant plu chez Pierre au début. Une fois que les sentiments sont bien présents, il est parfois difficile de toujours devoir tout expliquer, de ne jamais presque rien faire comprendre à demi-mot, de peur de ne pas être comprise du tout ou d’être mal interprétée, notre relation fut donc rapidement chaotique… Elle avait commencé aussi sur une base si fragile, moi qui refusais alors de retomber dans le piège de l’amour, moi qui étais tellement en souffrance encore…

2009, Amour Amour Amoureuse, Nouvelles

Amour, amour, amoureuse (fragment Arnaud)

Comme par hasard, c’est moi qui ai ouvert la porte à Arnaud lorsqu’il a sonné. On s’est regardés. On n’a rien dit avant un petit moment. Puis j’ai essayé de me présenter vaguement. Mais j’étais tellement sous le charme que j’en perdais mes mots. Je n’ai même pas pensé à le faire entrer. Ni à lui proposer de déposer les bouteilles dont ses bras étaient chargés. Arnaud était merveilleusement beau. Des yeux bruns foncés entourés de longs cils recourbés. Des petits cheveux noirs qui lui tombaient dans les yeux. Une belle petite bouche avec des dents bien blanches. Un sourire charmeur, juste sur le coin. Il portait une chemise bleu foncé légèrement ouverte et un jeans classique où j’avais déjà deviné ses jolies fesses.
Arnaud avait craqué sur mon sourire XXL, mes cheveux en bataille, mes yeux très expressifs, mes lèvres pulpeuses et mes formes généreuses. D’après Max, c’est mon décolleté ce soir-là qui a créé le coup de foudre d’Arnaud. Mais moi je ne pense pas que c’était un élément décisif. Mes seins y sont sans doute pour quelque chose, mais on n’a pas le coup de foudre pour telle ou telle chose, le coup de foudre, c’est inexplicable, il y a une personne qui arrive et d’un coup, le temps s’arrête et rien d’autre n’existe que nos yeux pour la regarder.
Après ces quelques minutes où on est resté sur le pas de la porte, un peu cons, tous les deux, j’ai fini par introduire Arnaud chez Max et par le présenter à tout le monde. Tout naturellement, il s’est assis près de moi et on s’est mangé des yeux pendant toute la soirée. Je ne disais absolument rien d’intéressant ni de drôle mais Arnaud souriait, acquiesçait, riait à tout. Max a tenté de lancer je ne sais plus quel jeu auquel on jouait souvent à cette époque-là et évidemment, je me suis chargée d’en expliquer les règles à Arnaud. Il en a profité pour me dévorer ouvertement des yeux sans écouter un traitre mot de mes explications, qui de toute façon, étaient assez confuses.

2009, Amour Amour Amoureuse, Nouvelles

Amour, amour, amoureuse (fragment Patrick)

C’est ainsi que j’ai décidé de changer de méthode de séduction. Visiblement, mon comportement général était trop extrême avec les hommes. J’étais toujours si emballée au début et je me désemballais parfois si vite après ou je ne supportais que l’autre ne soit pas si emballé que moi. J’en conclus donc qu’amour-à-long-terme ne rimait malheureusement pas avec rouge-passion. J’approchais déjà de mes 25 ans alors et comme j’avais toujours voulu être une jeune maman, comme l’était ma mère pour mes frères et moi, il était temps que je cherche un mec sérieux pour me caser si je voulais avoir un enfant au moins avant 30 ans !
Je ne suis plus du tout en accord aujourd’hui avec ma pensée d’alors, fort heureusement, mais à l’époque, mes longues réflexions m’avaient justement conduites à cette conclusion qui me paraissait très saine et constructive. C’est ainsi que j’ai jeté mon dévolu sur Patrick, un ami de mon frère cadet cette fois-ci. Patrick était plutôt beau bien qu’un peu trop classique à mon goût. Ce qui m’intéressait le plus chez lui, c’était son caractère calme et posé, à la limite renfermé qui m’assurerait sans doute une relation tranquille sans soubresaut d’humeur, sans cri, sans larme, sans jalousie, sans grande joie non plus, rien que la paix et le petit bonheur chaque jour. Quand j’ai commencé à le draguer tout doucement, je m’imaginais toujours avec lui assis sur un banc au soleil, ma main dans la sienne, nous souriant gentillement. Rien de bien affriolant, mais un bonheur calme et serein me semblait garantir un amour à longue durée. A vrai dire la relation que j’imaginais n’était pas trop éloignée de la future réalité, calme et sans aucun soubressaut. Si ce n’est que jamais un homme ne m’a fait autant pleurer en silence, je crois…

2009, Amour Amour Amoureuse, Nouvelles

Amour, amour, amoureuse (fragment Gauthier)

Vu de l’extérieur, rien n’avait changé dans nos situations de bons voisinages, si ce n’est que comme par hasard, nous nous croisions plus souvent dans la cage d’escalier. Il faut bien avouer que j’y traînais plus souvent que de coutume dans le seul but de le croiser. Je pense qu’il en faisait autant même s’il ne me l’a jamais avoué par la suite. Pourtant, aucune parole ambigüe, aucun entendu ne s’est échangé entre nous et il m’arrivait parfois de me dire que mon cruel manque de sexe me faisait voir du désir dans les yeux de n’importe qui. Au fond de moi, je ne pouvais néanmoins pas nier qu’il y avait quelque chose entre nous et je ne fus donc absolument pas surprise de recevoir un soir très tard un message de sa part. « J’ai besoin d’amour, mon amour, sentir l’amour, boire l’amour. Rester collé à tes fesses qui se balancent comme deux bonheurs sauvages, babe ».
Je n’ai pensé à rien, je suis descendue chez lui et sans un mot, nous nous sommes embrassés avec rage. Mon souffle était si court, ses lèvres étaient épaisses et je sentais son ventre se coller au mien. Tout en m’embrassant, il m’a déshabillée et poussée vers son lit. Sans me toucher de ses doigts, il a embrassé mon cou, mes seins, mon ventre. Je gémissais et je sentais mon sexe couler doucement entre mes cuisses. J’ai cru que j’allais jouir immédiatement quand j’ai senti sa langue écarter mes lèvres pour atteindre mon clitoris. Mais il l’a senti aussi et a joué à retarder mon plaisir pendant de longues minutes en parcourant en tous sens mon sexe de sa langue. Je ne savais plus qui j’étais ni où j’étais avant de pousser un cri aigu de jouissance. Dieu que c’était bon de faire l’amour sans amour, uniquement concentrée sur mon plaisir…

2009, Amour Amour Amoureuse, Nouvelles

Amour, amour, amoureuse (fragment Eduardo)

Je me souviens toujours de toi avec beaucoup de tendresse, Edouard, mon Eduardo. Tu n’avais jamais embrassé de fille avant moi. Moi j’essayais d’être un peu plus sûre, d’avoir un peu moins peur que toi. Mais mon expérience amoureuse ne se résumait qu’à Olivier, et avec lui, au début, je n’avais pris presqu’aucune initiative. Il était venu me cueillir au fond de mon innocence et je m’étais laissée prendre, le sourire aux lèvres, les bras grand ouverts comme si je n’avais jamais attendu que cela.
Toi, Edouard, tu étais timide. Et tes yeux pourtant flamboyaient de vie. Je me souviens que tu m’avais plu tout de suite mais que je ne te trouvais pas vraiment beau. Drôle de sentiment. Tu avais juste, Eduardo, quelque chose de spécial, ce tout petit supplément d’âme, une sorte de Rebelle Attitude latente, un je-ne-sais-quoi qui faisait pourtant l’unanimité. Tu aurais aimé que cette phrase sorte de ma bouche, Edouard. On se ressemblait. Tout de suite, on avait reconnu dans l’autre ce côté poète révolté qu’on cherchait tant à mettre en avant.
Je me souviens avec délice de tous les moments qui ont précédé notre histoire. De ces moments magiques tout au bord du premier baiser où tout est certain et incertain à la fois. Ton sourire. Et tes yeux. Et mes yeux. Je sentais mes yeux devenir si différents en ta présence. Et encore un peu après t’avoir quitté. Ils étaient toujours si proche de l’extase. Je pensais que ça se voyait terriblement. Mais peut-être pas au fond. Les méandres de l’amour sont si peu évidents pour ceux qui ne savent pas aimer. Eduardo, je me souviens si délicieusement de ses longues soirées à deux, où on refaisait le monde autour d’un verre de vodka et où tu effleurais mes mains. J’ai l’impression que même au moment où l’on s’est embrassés pour la première fois, mon coeur n’a pas battu aussi vite que lors de ses longues minutes où nos mains étaient sur le point de se toucher. Mais aussi romantiques étions-nous tous les deux, nous ne pouvions pas vivre éternellement sur cette tangente amoureuse.

2009, Amour Amour Amoureuse, Nouvelles

Amour, amour, amoureuse (fragment Olivier)

Olivier n’avait aucun défaut : il était beau, pas trop grand, mince, il avait les cheveux en bataille et les yeux bleus foncés, il riait beaucoup pour faire admirer ses belles dents blanches et bien rangées, était d’emblée sympathique avec tout le monde, gentil mais pas gentil comme le sont les gens laids, intelligent et pas prétentieux, il avait de l’humour, jouait du piano, s’accompagnait parfois en chantant, un peu faussement, mais c’en était touchant, il aimait faire la fête et dansait bien , il buvait en restant digne, mangeait des légumes, de la glace à tous les goûts, se brossait les dents deux fois par jour, pouvait tenir une conversation cultivée tout en délirant. Olivier était parfait, vraiment parfait. Mais comme Manu m’avait dit qu’il était casé, je n’ai jamais imaginé qu’il y ait quoi que ce soit entre nous et je l’ai laissé se rapprocher de moi sans me protéger, croyant l’être par le simple fait que son cœur était censé être pris. J’étais bien innocente alors et il était bien trop tard pour faire quoi que ce soit quand je me suis rendue compte que j’étais tombée amoureuse…
(…)
Ce soir-là, je lui ai seulement murmuré « Apprends-moi à aimer. », mais j’avais envie de lui dire tant de choses… Fais de moi ce que tu veux, prends tout ce qui t’intéresse, je saurai caler mon pas sur le tien, n’importe quelle danse, je ferai ça si bien. Je te suivrai n’importe où, quel que soit le chemin, mes pas à côté des tiens, le bonheur entre nos mains.

2009, Amour Amour Amoureuse, Nouvelles

Amour, amour, amoureuse (fragment d’intro)

Ma vie a toujours été amour, amour, amoureuse. Je suis toujours amour, amour, amoureuse. D’aussi loin que je m’en souvienne, j’ai toujours été amoureuse de quelqu’un. Déjà en première année de la petite école, j’étais tombée amoureuse d’un grand de troisième. Je ne me souviens pas de son prénom et si, par hasard, nos routes se croisaient aujourd’hui, je serais bien incapable de le reconnaître. Mais je me souviens de sa petite maison au coin de la rue de notre école et lorsque je passe devant, je ne peux pas m’empêcher de sourire. Et depuis, j’ai toujours eu quelqu’un en tête : Ludovic, Arnaud, Sébastien, Vincent, Nicolas, Antoine, Alexandre, Benjamin, Pierre, Raphaël, un autre Nicolas, Thomas, Gilles, Florian, François, Maxime, …
J’en ai sans doute oublié quelques-uns, dont je n’ai été amoureuse qu’un soir ou qu’un été. Honte à moi, sans doute, mais quand l’amour ne se concrétise pas, il ne laisse pas toujours de souvenir impérissable. Et même si certains d’entre ceux de la liste ci-dessus mériteraient que je m’attarde à leurs sujets, je n’en parlerai pas ici. J’étais toujours amoureuse parce que j’ai toujours adoré cette délicieuse sensation d’aimer, le ventre qui se retourne, le coeur qui palpite, cette affreuse sensation tant recherchée d’un cœur qui chavire… Mais je ne concevais qu’un amour absolu, et j’ai donc attendu que cet amour parfait se présente à moi. J’avais 18 ans et je suis tombée amour, amour, amoureuse. Amour, amour, amoureuse.