Mariage & procréation, déboires amoureux, ma mère
Mariage & procréation (partie 2: Francis Lebel)
(re)lire la partie 1: Mariage & procréation (partie 1: ma mère).

J’ai rencontré Francis Lebel en septembre 1989 à l’occasion d’une réunion de parents. Il était beau comme un prince mérovingien: sa grande moustache frétillait du bonheur de vivre. A la vue de son costume à carreau en pure laine vierge et de sa cravate gaufrée je conclu qu’il occupait un poste important dans une grosse société Chasteloise: l’usine de voiture ou peut-être même l’agence de publicité STAR. J’appris plus tard qu’il était dentiste. Une belle situation pour qui aime fourrer ses doigts dans la bouche des autres. Lui et son épouse, une jeune analyste financière, formaient un couple parfait, c’en était presque écoeurant.
J’étais sortie de l’école normale quelques années plus tôt et, après avoir effectué quelques remplacements, j’effectuais ma première rentrée scolaire en tant que titulaire de classe à l’école communale de Chastelou. Ma motivation n’ayant pas encore été taillée en pièces par des enfants débutant leur adolescence un peu plus tôt chaque année ou par des ministres de l’éducation incompétents, j’entamais systématiquement l’année par une rencontre avec les parents de chaque élève dans le but avoué d’établir un bon premier contact, toujours utile lorsque plus tard il faut leur expliquer que leur enfant est un serial-killer en puissance.

Jérôme Lebel était un enfant adorable, poli et doué, il était sûrement promis à un aussi bel avenir que ses parents. Je fus donc un peu surprise lorsqu’il m’informa que son père souhaitait me voir après la classe, avais-je commis un impair? Les cours d’éducation sexuelle n’était normalement pas encore au programme à l’époque. Ou souhaitait-il me féliciter pour le travail accompli? Je l’espèrais secrètement.
Mes espoirs les plus fous furent obsolètes lorsque Francis m’invita à partager un triple cheese chez Magic food® et que de fil en aiguille nous nous retrouvâmes dans la chambre 112 du motel «Route 66» en bordure de l’autoroute qui conduit à l’aéroport de Chastelou. Là, Francis et moi avons vécu de merveilleux moments, car nous y sommes revenus régulièrement: je l’écoutais parler de mes incisives, il me fascinait, il me comprenait aussi, me disait que j’étais magnifiquement belle et longiligne et que ma mère avait tort, il me promettait qu’il allait bientôt quitter son épouse. Alors nous faisions l’amour et vivions une passion torride.
Ma vie avait basculé, enfin l’amour y prenait une place digne de ce nom, je rêvais de lui la nuit, je pensais à lui le jour, et je le retrouvais plusieurs fois par semaine (sauf la semaine où j’avais mes crasses) dans la chambre 112, notre “petit paradis” comme nous l’appelions. Pour la première fois, ma vie s’annonçait radieuse, je voyais l’avenir en rose: grâce à Francis, un bonheur full-options s’offrait à moi.

Ma vie basculait dans le bonheur et le monde avec: le début de mon idylle avec Francis coïncidait peu ou prou à la chute du mur de Berlin le 9 novembre 1989, une ère nouvelle s’ouvrait pour le monde: une ère de paix et de fraternité entre les hommes, où les gesticulations politiques et autres démonstrations de force puériles nous seraient épargnées. Hélas, mon bonheur personnel s’écroula bien avant les tours jumelles du WTC qui mirent un point final à la pax americana des «golden nineties». Le 18 décembre 1989, Francis Lebel m’annonça qu’il allait suivre son épouse (qu’il n’était pas sûr de ne plus aimer, finalement) à Londres où elle avait obtenu un poste dans la haute finance, qu’ils allaient s’installer là-bas et espèraient déjà y passer les fêtes de fin d’années, qu’il avait des relations qui lui permettrait sans doute d’obtenir un poste au cabinet dentaire français de Londres et que je ne devais pas chercher à le revoir.
Je n’ai versé que quelques larmes, ma tristesse était plus profonde, plus primale, j’étais abandonnée, une fois de plus…

J’ai sombré dans une profonde dépression: je n’avais plus goût à rien, pas même à la nourriture, et ma mère fut ravie que je perde enfin quelques kilos.
A force de courage et de thérapie collective, je finis par reprendre goût à la vie, mais un petit goût, sans exhausteur, comme le jambon dégraissé ou les yaourt 0%, un petit gout du bout de la langue, car j’avais compris: au fond Francis Lebel était comme tous les autres: il m’avait menti! Cette crapule d’arracheur de dents m’avait menti!

PS: Mon coeur reste à prendre, si vous êtes franc, honnête, séduisant, que vous avez une belle situation ou plus simplement que vous êtes aussi désespéré que moi et que vous vous cherchez une grosse lapine pour tenir chaud l’hiver: envoyez-moi votre photo et un petit mot d’amour à brigitte@nicomix.be ! (ils seront publiés et recevront un badge «Le blog de mademoiselle Brigitte» et le dessin original ayant servi à illustrer leur mot d’amour).
texte & illu.: NicomiX





