Archive for octobre, 2007

La famille Chaton, Making of

Les décors

Les plus attentifs l’auront remarqué, certains décors de la famille Chaton sont identiques d’une case à l’autre. A ceux-là je dirais “finement observé” car pour certaines séquences je dessine effectivement un décor à part, puis, sur ma planche, les personnages seuls (comme s’ils flottaient dans le vide intersidéral). L’air de rien, je gagne pas mal de temps, et du temps pour dessiner je n’en ai pas autant que je le souhaiterais, sans compter la frustration de voir un projet avancer à l’allure d’une tortue sous prozac pendant que d’autres sont carrément au point mort.

Incruster les personnages dans le décor (ou le décor derrière les persos) n’est pas du tout une opération compliquée (depuis qu’il y a des ordinateurs). Comme cela me semble fastudieux de raconter chaque étape en long et en large pour obtenir au final un post qui n’interessera que les dessinateurs de bande dessinée possédant un mac et désireux de cesser de dessiner sans cesse ces sempiternels décors, j’ai décidé de vous la résumer en 4 mots: table lumineuse, scanner, photoshop®. Dans 2 ou 3 réformes de l’orthographe je pourrai sans doute le faire en 3 mots: tablumineuse, scanner, photoshop®.


Ci-dessus le décor de la salle de réunion où Michel Chaton présente la campagne Caka-bulles® aux trois gros cochons.

Les décors que je dessine pour ce genre de séquence sont plus grand qu’un case, pour me permettre d’avoir malgré tout une liberté de cadrage, de l’adapter à comment bougent les personnages, la taille des phylactères, …

On pourrait légitimement disgresser sur cette opposition personnages >< méchant, …), peut se justifier d’un point de vue technico-pratique: dans le souci d’améliorer la qualité et/ou la productivité, le travail de création d’une BD est réparti entre plusieurs auteurs. Il semble alors logique pour maintenir la cohérence stylistique de l’oeuvre que chacun prenne en charge une tâche précise plutôt que chacun s’occupe d’une planche ou d’une case par exemple. L’histoire de la bande dessinée est remplie de ces anonymes (devenus pour les plus chanceux vaguement connus ou un peu célèbres ensuite) qui ont dessiné patiemment les décors ou encré minutieusement les planches des maîtres qui se réservaient d’autres tâches plus nobles telles que dessiner les personnages principaux ou négocier les contrats des produits dérivés. Sans parler des machines à BD que sont les studios des mangakas japonais ou les studios de Marvel comics aux USA, on peut citer en guise d’exemple quelques classiques de la BD franco-belge: les studios Hergé, celui de Peyo, et Franquin aussi qui, grand seigneur, invitait ses assistants à co-signer les albums.

Cette opposition technique est, il me semble, également sensible au théâtre ou des acteurs en chair et en os jouent dans des décors peints ou minimalistes, au cinema aussi ou on est passé du carton-pâte à l’incrustation 3D -si le sujet “personnage >< personnages est presque un ingrédient indispensable du dessin animé où on peint de magnifiques décors sur lesquelles on va filmer image par image les personnages tracés à l’encre sur cello (c’est un peu réducteur mais le but n’est pas d’écrire “l’histoire exhaustive de l’animation en 3 lignes”).

Cette opposition décors >< personnages me semble un peu réductrice, elle ne se justifie en tous cas pas d’un point de vue narratif puisqu’au final le lecteur saisira les deux comme une seule image et que le décor influencera à coup sûr sa compréhension de l’histoire, mais peut être même de ce qui se passe dans la tête du ou des personnage(s): “mon dieu! il habite dans un trou-à-rat, il doit être dépressif” “Il est dans une forêt aux arbres tordus, il a peur”. Il me semble qu’en BD il peut se passer dans une image une variante de l’effet Koulechov, décrit par ce cinéaste et théoricien du cinéma russe des années ‘20.

Voici, pour revenir à mon sujet de départ, le décor de la salle de réunion où Rachel Chaton présente la stratégie marketing des anti-dépresseurs Trankil 2000®.

En guise de conclusion, à ceux qui diraient “Quel fainéant ce NicomiX, c’est pas Hergé qui aurait recyclé ses vieux décors!”, je dirais “Si tout le monde réagissait comme ça, je serais sans doute occupé à dessiner la famille Chaton avec du charbon de bois pillé et de l’ocre argileux sur les parois de ma caverne!” et je dirais plus anecdoctiquement “Et vous pensez pas qu’Hergé, le roi du papier calque, n’a jamais utilisé deux fois le même capitaine Haddock? Personellement, je n’en sais rien, mais j’aimerais savoir…”

La famille Chaton

Insulax® pen

Dans cette première version de la bande titre, on pouvait lire (de gauche à droite) le titre en toutes lettres: “Caka-bulles® et insuline”, puis le dessin: “la canette de Caka-bulles® et la photo de vacances”. Ce qui est troublant et pas très judicieux pour un épisode qui se déroule en janvier et où j’ai l’ambition qu’on “sente” la saison, sans pour autant dessiner de la neige et ce genre de choses dégoulinantes de clichés “american blockbuster Christmas movie” (maman j’ai raté l’avion, …). Dans le même ordre d’idées je pense rajouter de grosses vestes chaudes au personnages en couverture.

Dans cette deuxième version plus cohérente, on peut lire (toujours de gauche à droite) le titre en toutes lettres: “Caka-bulles® et insuline”, puis le dessin: “la canette de Caka-bulles® et le stylo injecteur d’insuline”.

Bien sur, les gens qui ne sont ni diabétique, ni médecin, ni infirmier(e), ni parent ou ami(e) d’un diabétique pourraient lire “la canette de Caka-bulles® et l’espèce de gros stylo avec insulax® pen marqué dessus” et se demander à quoi ça peut bien servir. Mais comme je pense que trouver tout seul comme un grand la réponse à cette question est plutot simple, ceux-là auront appris quelquechose en lisant la famille Chaton et ne viendront plus dire que la BD rend nos enfants stupides. De toutes façons, il y a les jeux videos et la TV pour ça maintenant!

La famille Chaton

Couverture à la corbeille

Voici un premier projet de couverture* (à droite) et 4ème de couverture** (à gauche) développées pour le premier épisode de la famille Chaton (Caka-bulles® et insuline). J’aimais beaucoup le fait qu’il y ait une forme de gag à découvrir en 4ème de couverture la partie cachée du diner intime aux chandelles de Michel et Rachel: Charlotte et Charlie qui bâfrent pas aux chandelles du tout.

Mais j’ai préféré, surtout pour un premier épisode, faire apparaître toute la famille Chaton en couverture.

(*) cover & (**) backcover comme on dit outre-manche

La famille Chaton

webcomics.fr

Dans un proche passé, je me suis mis en tête de réaliser un épisode complet de la famille Chaton (32 pages couleurs) l’idée m’avait éffleuré d’en faire profiter tout le monde en la publiant sur nicomix.be (en la “pré-publiant” j’espère, car mon ambition reste de voir sortir un jour de presse une vraie édition en papier ). Comme cerise sur le gateau, j’eûs voulu que les lecteurs puissent y ajouter leurs commentaires (pour apprendre des critiques négatives et jouïr des critiques positives), et là, patatra! Cette fonction dépasse mes compétences puisqu’elle fait appel à d’obscurs langages de programmation: Php, Dhtml, Xhtml et autres dialectes 2.0

Pas découragé, je parle de mon projet à Loïc qui jongle avec tout ça, je lui explique un peu ce que je veux, il me dit “OK, no problemo je ferais ça mais j’espère que t’es pas préssé”.

J’étais pas pressé, non, mais comme j’ai découvert webcomics.fr, un très bel outil pour publier (et lire!) des BD en ligne, je n’ai fait ni une ni deux et j’ai balancé les premières planches de la famille Chaton. Tout comme j’imaginais avec des commentaires, des tags, …
Après avoir publié mes planches et les avoir lues 5 fois, j’en ai eu marre et j’ai fait un tour sur le reste du site. J’ai découvert quelques bonnes BD et surtout j’ai découvert que ce que je prenais pour une espèce de blog tentaculaire adapté pour la bande dessinée était un vrai projet avec une réflexion et l’ambition d’être acteur de l’évolution (révolution) qui est en cours dans la diffusion des oeuvres artistiques (dans une semaine Radiohead vendra en téléchargement via son site son nouvel album au prix que vous fixerez, à partir de 0 £).

Voici un extrait de l’”acte de naissance” de webcomics.fr:

Les publics anglo-saxons et asiatiques ont vu s’ouvrir, ces dernières années, un véritable marché de la bande dessinée en ligne. Comment imaginer que les francophones n’apportent pas eux-aussi leur sensibilité et leurs modes narratifs ? L’embellie de la bande dessinée traditionnelle (sur papier) ne doit pas nous interdire d’explorer de nouveaux territoires d’expression.

Le blog bd est devenu le format par excellence des auteurs francophones, mais sans pour autant leur permettre d’accéder à un statut professionnel. Nous voulons changer cela, en mettant en place une structure de production et d’exploitation qui permettra progressivement de professionnaliser et de vivifier une création encore très jeune.

Ce portail est la première expression de ce projet. Il permet aux auteurs de publier des histoires en ligne aussi simplement que l’on publie un blog, mais avec des outils pensés pour le récit.

(Julien Falgas, alias JiF ; Pierre Matterne, alias Dr_Folaweb ; Julien Portalier, alias JMG. Sur la page: à propos)

En route vers de nouvelles aventures!

NicomiX